À Québec comme à Ottawa, l’identité numérique s’installe graduellement portée par un discours technocratique, sans que ses implications soient pleinement exposées. Vers un contrôle accru des citoyens et de leur données ?
Dès son entrée aux commandes du Québec, Christine Fréchette a éliminé l’ancien ministre de la cybersécurité. Gilles Bélanger avait manifesté de graves préoccupations concernant la souveraineté numérique. Le député d’Orford continuera de sonner l’alarme « pour notre nation, la protection de nos données et l’efficacité de l’État ».
La première ministre caquiste rouge s’oppose à la vision nationaliste bleue de son ex-député. Ce point de départ en dit long sur l’harmonie qui règne entre Fréchette et Carney : deux technocrates prêts à tout au nom de l’efficacité administrative. Cela inclut nécessairement de prendre des renseignements personnels sans le consentement des citoyens, tel que déjà rendu possible par la loi 38 du caquiste, Éric Caire.
Carney bien aligné sur l’Union Européenne
C’était écrit dans le ciel. Mark Carney copie-colle le portefeuille d’identité numérique européen. Dès 2024, le gouvernement Trudeau a tenté d’établir « des justificatifs numériques pour le public sans l’aval du Parlement ».
Lorsqu’il a été élu par les canadiens pour nous préserver contre l’hégémonie du président Donald Trump, le premier ministre Carney a immédiatement affirmé qu’il fallait un partenariat économique fort avec l’Europe, établi pourtant depuis longtemps.
Que pouvait apporter de plus ce partenariat ? Le portefeuille d’identité numérique (PIN) européen. De haute performance, ce PIN est un clé-en-main idéal pour le Canada et les USA. Ses infrastructures et des lois ont été méticuleusement préparées par l’équipe de l’Union européenne, dirigée par Ursula Von Der Leyen.
L’objectif du plan canadien est de centraliser un « portail d’authentification unique » dans le but de remplacer les 60 systèmes différents utilisés par les citoyens. Une efficacité administrative.
En juin, Carney a rencontré la présidente de l’Union européenne pour parler du partenariat stratégique : Un protocole d’entente sur le PIN entre le Canada et l’UE, y compris une « relation bilatérale sur le commerce numérique ».
Évidemment, les infrastructures du Canada et de l’UE seront reliées afin « d’établir des identités numériques interopérables et des justificatifs numériques pour faciliter les interactions entre nos citoyens et nos entreprises ».
De plus, Carney envisage un « passeport d’identité numérique » pour les voyages intérieurs des Canadiens qui ont répondu (de manière éclairée?) être d’accords à 64%.
Enfin, le parti libéral a déployé en catimini une application de portefeuille numérique. Emploi et Développement social Canada décrit le GC Wallet comme un « moyen sûr et pratique de stocker et d’accéder à vos justificatifs numériques officiels ». Il est déjà disponible sur la boutique Google Play.
À l’étape de projet pilote, les participants visés sont surtout des résidents temporaires, invités à utiliser en toute confiance la caméra de leur appareil pour scanner les codes QR et faciliter la vérification de l’identité aux points de contrôle.
Aucun ministre n’a annoncé ni expliqué ni fait aucune déclaration sur ce programme pilote. Passer ces informations sous le silence, à travers une immigration temporaire, est un procédé fallacieux.
Fréchette bien alignée sur le PLC
Les libéraux de Carney copient rapidement, pour le Canada, le modèle de la BritCard du Royaume-Uni et de l’euro numérique de l’UE. Et madame Fréchette semble superbement alignée avec le Canada pour copier-coller, à grande vitesse à son tour, la complexe infrastructure européenne dont l’hébergeur sera états-uniens. Gilles Bélanger a pourtant sonné l’alarme sur notre souveraineté numérique. La première ministre Fréchette prend cet enjeu très à la légère.
D’autant plus qu’au Québec, Éric Caire a déjà éliminé toutes les lois obstruant l’implantation de ce système d’interropérabilité. Et le mouvement Desjardins, enregistré comme lobby dès 2020, a déjà mis en place le système d’interopérabilité numérique pour nos transactions centralisées futures. Desjardins et le gouvernement Fréchette sont en piste.
Le crédit social à la chinoise
Reste donc à peaufiner le système de monnaie programmable dont la complexité et l’opacité achèveront de cadenasser les humains dans une grille numérisée où chaque transaction sera vue en temps réel; elle pourra être supprimée, modifiée contre votre consentement.
En Occident, terres de libertés, ces systèmes sont toujours d’abord proposés sur la base volontaire avec le moins d’intrusion pour le moins de suspicion. Les intentions émises pour l’implantation de cette gouvernance 2.0 sont l’efficacité administrative et la facilité des transactions pour les citoyens/consommateurs.
Nous savons que ces infrastructures sont fragiles et rendent vulnérables nos renseignements personnels.
Nous savons également que, utilisée par un nombre croissant de citoyens mésinformés des conséquences sur leur vie privée, l’usage de la biométrie deviendra la norme puis une obligation.
La stratégie pour une politique numérique est exercée de la même manière par tous les gouvernements occidentaux.
La première ministre a démontré par ses actions récentes que la souveraineté numérique du Québec ne retient pas son attention et que le crédit social à la chinoise est digne d’implantation sur notre territoire, au nom de l’efficacité technocratique, sans réfléchir aux conséquences sur nos vies propres et autonomes.
Qui sera le chien de garde de nos transactions ?
Très peu de députés comprennent les nuances et la complexité de cette identité numérisée. Gilles Bélanger en est un. C’est pourquoi l’avoir écarté en dit long sur l’incompétence ou l’ignorance ou la volonté inavouée d’enfermer les Québécois dans une identité numérique non souveraine. Qui gèrera nos vies privées?
La députée fédérale conservatrice, Leslyn Lewis, porte également cette clairvoyance et alerte : « L’infrastructure numérique n’est pas neutre … Nous ne devons jamais permettre que les gens soient réduits à de simples consommateurs au bout d’un code-barres. Les êtres humains ne sont pas des points de données à gérer. Nous sommes des âmes avec un but. L’avenir que nous construisons doit refléter cette vérité ».
Le système d’identification numérique de l’UE est un élément clé du programme des Nations unies pour 2030. « La blockchain et la biométrie, l’ID numérique de l’ONU rend la vérification… transparente, immuable, portable et universelle ». Lorsque l’ONU aura transformé son système de paiements interopérables et de partage des bases de données d’état civil, notre destin humain sera scellé.
Comprenons aujourd’hui que la souveraineté numérique ne pourra s’exercer qu’avec des gouvernements nationaux souverains.